Une Rodriguaise passe 76 ans à La Réunion sans obtenir la nationalité française
La vie n’est pas un long fleuve tranquille. Béatrice Larose, née Roussety, une ancienne « travailleuse engagée » recrutée par les autorités françaises pour travailler à La Réunion en 1933, célèbre aujourd’hui ses 101 ans dans la commune de Bras-Panon, où elle est installée.
De cette frêle bonne femme, les Réunionnais retiendront qu’elle est la grand-mère de Jean-Hugues Ratenon, médiatique opposant au maire de Bras-Panon. Et qu’elle est toujours restée de nationalité mauricienne, n’ayant jamais obtenu, comme elle le souhaitait, la nationalité française. Et ce, bien qu’elle eut passé trois quarts de siècle loin de son île natale, Rodrigues.
Née à Rodrigues le 17 mai 1908, elle a 25 ans lorsqu’elle suit son époux, un dénommé Larose, avec un premier enfant, à La Réunion.
Beaucoup de ses compatriotes plieront bagages. Béatrice Larose, elle, tiendra bon. Même quand son mari décidera de mettre le cap sur Maurice, lui laissant quatre enfants sur les bras.
Trimant aux champs, elle n’a jamais bénéficié de la moindre prestation sociale de l’État
français. Parce qu’elle était restée Mauricienne.
Encore aujourd’hui, elle ne touche qu’une modique somme, parce qu’elle n’a pas droit à la retraite… Pour qu’elle obtienne la nationalité française, il faudrait aller chercher ses papiers à Rodrigues… sauf qu’on ne sait même pas s’ils existent. « Et surtout, les autorités françaises m’ont répondu qu’elle était trop âgée pour faire une demande de nationalité », déplorait Nicole Ratenon, sa petite-fille, dans les colonnes du Quotidien de la Réunion.
Avec ses quatre enfants, ses dix-sept petits-enfants et ses trente-huit arrière-petits-enfants à l’année dernière, la Rodriguaise a trouvé en La Réunion une terre de cœur, laissent glisser ses proches. Elle a acquis une concession pour enterrer deux enfants mort-nés et veut y être inhumée…
Jacques Veloupoulé, le consul de Maurice à La Réunion, a promis à L’Hebdo, samedi, qu’il allait prendre en main le dossier de demande de nationalité française de la vieille dame afin que son souhait soit exaucé. Passer soixante-seize ans dans un pays sans obtenir cette reconnaissance, c’est un synopsis d’un autre temps.
Vel Moonien
Defimedia




