Le nombre d’agressions et de vols sur les touristes se multiplie. La police prend l’affaire au sérieux et sensibilise Mauriciens et vacanciers à la sécurité pour éviter que l’image glamour de Maurice ne soit ternie.
Les chiffres peuvent choquer. De janvier à ce jour, la police a enregistré 565 délits où des touristes sont victimes. Des exemples récents, il y en a plein. Mardi, une touriste espagnole de 44 ans, en vacances dans un hôtel du Sud consigne une déposition à la police. Elle allègue qu’on lui a volé plus de Rs 25 000 en devises étrangères dans sa chambre. La veille, un Français de 22 ans, qui logeait dans un appartement à Péreybère, porte plainte à la police pour un vol dont il dit avoir été victime. Il allègue qu’on a cambriolé sa chambre et qu’on a emporté deux cellulaires, deux lecteurs MP3, deux caméras, une montre, des documents, des effets personnels et une somme de Rs 5 000, le tout estimé à plus de Rs 79 000. Dans la soirée, c’est une Anglaise qui porte plainte pour rapporter un larcin dont elle dit avoir été victime dans la chambre qu’elle occupait dans un hôtel du littoral ouest. Elle allègue qu’on lui a volé une montre, des bijoux en or et une somme de £ 50. Des pertes qu’elle estime à plus de Rs 17 500. Pire dans l’après-midi de lundi : une Française de 15 ans va vivre une expérience traumatisante. La veille de son retour en France, l’adolescente, en vacances avec son beau-père dans un bungalow à Blue-Bay, est violée pendant l’absence de ce dernier. Un médecin légiste a confirmé le viol. Le présumé violeur dont le portrait-robot circule, aurait, sous la menace d’un cutter, forcé la porte d’entrée et agressé sexuellement la jeune touriste. Blessé au front par une hache Quelques jours plus tôt – le jeudi 21 août – Oh et son épouse Han, un couple sud-coréen en lune de miel à Maurice, sont bâillonnés et ligotés par trois individus encagoulés. Ils se font sauvagement agresser dans un bungalow à Mon-Choisy. L’époux, roué de coups, est gravement blessé au front par une hache et a dû être admis à l’hôpital. La série noire ne s’arrête pas là. Ce qu’a connu une Allemande de 34 ans, chez elle à Camp Pêcheur, Grande-Rivière Sud-Est, dans la soirée du jeudi 24 juillet relève de la barbarie. Cette ingénieure en informatique est violée et sodomisée à trois reprises. Son présumé agresseur est arrêté trois jours plus tard. Du côté de la police, le constat est sans appel. Sur les 565 cas, les policiers démontrent trois types de délits : 560 cas de vol ou vol avec violence, trois cas d’agression et deux cas de viol, dont celui de la jeune Française et de l’Allemande. Pour autant, cette situation n’inquiète pas le commissaire de police. Lors du lancement de la campagne de sensibilisation à la sécurité des touristes à Grand-Baie, jeudi, Dhun Iswar Ramparsad a expliqué que la police a pu «stabiliser la situation». Il fait ce constat après avoir comparé les chiffres de l’année dernière à ceux de cette année. Il souligne que dans «60 % des cas, une erreur humaine est à l’origine du drame». Le chef de la police explique que ce sont les touristes qui sont négligeants : ceux qui laissent traîner leurs affaires à la plage ou ceux qui marchent avec des bijoux et des grosses sommes d’argent sur eux qui sont victimes. Il ajoute que ce n’est «qu’un visiteur sur 2 000 qui est affecté». Ce qu’il considère comme «un bon signe» car les arrivées touristiques ont connu une hausse de 15,1 % – de 788 276 en 2006 à 906 971 en 2007. Surtout que les autorités mauriciennes envisagent d’accueillir deux millions de touristes d’ici 2015. Le patron des Casernes centrales avance que notre force policière est l’une des rares au monde à avoir une unité spéciale – la Police du tourisme, pour la protection des touristes. Ce n’est cependant pas toujours évident, dit-il, pour ces officiers d’entamer une enquête où des touristes sont victimes d’un délit. Selon lui, l’enquête débute avec le témoignage de la victime uniquement. Les policiers doivent alors enquêter à partir de rien et se concentrer sur des données scientifiques pour résoudre les crimes. «Cela justifie le début d’une formation spéciale en médecine légale pour une dizaine de policiers par des professionnels de l’université de Staffordshire, Royaume-Uni», explique Dhun Iswar Ramparsad. Le commissaire de police (CP) se réjouit aussi de la décision du gouvernement d’envisager plusieurs amendements pour décourager le vol : «Le port du casque intégral sera illégal. Il sera uniquement toléré lorsque la personne est à moto. Nous attendons que ces amendements soient votés pour appliquer cette décision. J’ai aussi proposé que le port d’un cutter après les heures de travail ou d’une arme tranchante sans justification soit interdit.» Lors des braquages, les malfrats utilisent souvent des casques de ce genre lorsqu’ils n’ont pas de cagoules. Ces décisions ne rassurent cependant pas Noorani Peermamode, président de l’Association des commerçants de Grand-Baie : «Les touristes ne se sentent pas en sécurité à 100 % car la police n’inspire pas confiance. Les policiers n’ont pas de vrais moyens pour bien faire leur travail. Selon mes informations, il y a un seul véhicule au poste de police de Grand-Baie. J’en ai parlé au CP aujourd’hui (NdlR jeudi). Il m’a promis que les policiers auraient un deuxième véhicule en octobre.» Le président de cette association est d’avis que «les patrouilles policières devraient être plus régulières et les policiers devraient être en permanence sur le terrain car les gens ont peur de marcher le soir». Selon lui, «les rues ne sont pas éclairées comme il le faut» alors que «Grand-Baie doit être la vitrine de Maurice». Pravind Jugnauth se dit préoccupé par la situation de Law & Order dans le pays. «Les Mauriciens et les touristes commencent à vivre dans la peur. Les étrangers se font attaquer tous les jours. Je pense au calvaire de ce couple de coréen et à celui de cette adolescente française de 15 ans, violée,» a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse, hier. Pour le leader du MSM, «voyaz paradiziac in vin voyaz lanfer.» Une destination «safe and secure» Chez les hôteliers, l’insécurité est également un sujet préoccupant. Patrice Legris, chief executive officer de l’Association des hôteliers et restaurateurs de l’île Maurice (AHRIM) avance toutefois que notre pays demeure une destination «safe and secure» : «Nous regrettons ces cas rapportés dans la presse. Toutefois, dans une perspective globale, le nombre de délits reste stable malgré l’augmentation du nombre d’arrivées touristiques. Ces délits sont en grande majorité de nature mineure. Chaque cas est un cas de trop, mais il est aussi important de relativiser et de souligner que nous restons une destination tranquille.» Le patron de l’AHRIM explique que son organisme va travailler avec les autorités pour mettre en place des plans d’actions dans les régions côtières avec pour but ultime le «zéro délit». Environ deux tiers des délits sont commis, dit-il, en dehors des hôtels. Il précise que les hôtels devront prochainement adapter leurs services de sécurité en fonction des nouvelles lois du ministère du Tourisme. Certains hôtels, membres de l’AHRIM, selon Patrice Legris, se sont déjà conformés aux nouvelles dispositions légales : système de caméra de surveillance, sécurité à l’intérieur de l’établissement, gardiennage ou encore coffres-forts dans les chambres. D’autres devront compléter leur système de sécurité avant octobre, la date butoir. Les petites et moyennes structures devront, pour leur part, investir dans certaines infrastructures. «L’AHRIM va les aider à obtenir des cotations regroupées car les coûts sont assez élevés», soutient Patrice Legris. D’ailleurs, le patron de l’AHRIM précise que «l’insécurité nous concerne tous». L’AHRIM et la police ont créé des cellules de sécurité qui se réunissent régulièrement pour échanger des informations et assurer la prévention. Patrice Legris a cependant une appréhension : «Nous souhaitons que des ressources supplémentaires soient attribuées à la police pour lui permettre d’agir plus efficacement et promptement.» La police a donc du pain sur la planche pour diminuer ce sentiment d’insécurité. Certains policiers se demandent pourquoi le gouvernement n’a pas détaxé les produits comme les systèmes d’alarme et les caméras de surveillance au lieu des chauffe-eau solaires ? D’autres se demandent où sont les fameuses caméras de surveillance que le gouvernement projetait d’installer à Grand-Baie et à Port-Louis ? Questions au Commissaire de Police «Responsabiliser les Mauriciens» Pourquoi la police organise-t-elle cette campagne de sensibilisation ? Le but est de sensibiliser le public mauricien et les policiers à leur responsabilité envers les touristes qui représentent un pilier de l’économie. Nous devons avoir une caring attitude pour nos visiteurs dès leur arrivée à l’aéroport jusqu’à leur lieu d’hébergement et dans les endroits publics qu’ils visitent. Nous devons également assurer la sécurité autour des hôtels, des bungalows et autres endroits qui les hébergent. Nous voulons aussi les familiariser aux services et facilités qu’offre la police et les conseiller sur ce qu’il faut faire en cas d’accident, de blessure, de mortalité ou de disparition. Que fait la police pour rassurer les touristes ? Surtout après le drame du couple sud-coréen agressé et cambriolé et de l’adolescente violée la veille de son retour en France ? Nous condamnons ces actes. Nous allons faire de notre mieux pour arrêter les fautifs. Il y aura plus de patrouilles policières. Nous n’oublions pas que l’insécurité influence le choix des visiteurs pour leurs vacances. Nous n’allons pas hésiter à briser le cou aux criminels pour assurer la paix aux visiteurs. Y a-t-il des risques que l’image de Maurice soit ternie ? Nous croyons fermement que notre rôle principal est d’assurer que l’ordre et la sécurité soient respectés en mettant sur pied des stratégies et des mesures appropriées pour protéger le public. Il est également de notre responsabilité morale et sociale de veiller à ce que les visiteurs se sentent en sécurité chez nous.

