Michael Jackson, icône disparue des Afro-Américains

« Il est notre Elvis à nous » , déclarent ses fans de couleur. Pour eux, le « roi de la pop » est un mythe éternel, même si certains ont du mal à lui pardonner ses frasques hautes en couleurs…

DÈS 18 heures 30, moins d’une demi- heure aprés l’annonce initiale du décés, la foule a commencé à grossir devant l’Apollo. A Harlem, le bouche- àoreille a fonctionné.

C’est à l’Apollo que ça se passe. La marée allait enfler sans interruption jusque tard dans la nuit. Foule silencieuse, dans une premiére phase, jusqu’à ce que des groupes commencent à se produire pour commémorer la disparition de Michael Jackson et que les rues s’emplissent de milliers de jeunes et de moins jeunes, chantant et dansant sur les standards du chanteur décédé. Les inévitables vendeurs de tee- shirts à son effigie étaient déjà là.

Un enterrement ? Non, la célébration presque joyeuse de l’un des siens, dans la ferveur d’une musique, de paroles et de pas de danse que chacun connaît par coeur, et reprend en choeur.

Situé dans le quartier noir historique de New York, le théâtre Apollo, aujourd’hui un peu décati, est une salle mythique.

A partir des années 1960, elle constitua « la » scéne fétiche de l’émergence de la nouvelle musique noire américaine, aussi importante dans son développement que Motown , la maison de disques de Detroit. C’est là que la jeunesse noire, à l’ére Obama, s’est retrouvée pour honorer l’un des siens.

Michael Jackson, le Noir « blanchi » , icône de la communauté afro- américaine? Sur NBC , la critique Diane Williams avait beau clamer : « Oubliez les scandales, le nez rigolo, il était un messager de la paix, il transcendait les races » , devant l’Apollo, le r évérend Sharpton, figure des élites communautaires noires, revendiquait instantanément sa mémoire au nom des siens. « Michael Jackson a fait que la culture a accepté

une personne de couleur, bien avant Tiger Woods [ star du golf mondial], Oprah Winfrey [ animatrice vedette des médias] et bien avant Barack Obama. Il a été à la musique ce qu’ils ont été au sport, à la télévision et à la politique » , a- t- il jugé.

Et, pour bien inscrire le chanteur dans une lignée émancipatrice, le militant de la cause noire aux Etats- Unis a rappelé devant les portes de l’Apollo que, lors d’une conférence de presse, Michael Jackson s’était souvenu avoir été « injustement traité par l’industrie musicale »

Industrie tenue par les Blancs

Chacun avait entendu : une industrie tenue par des Blancs.

Plus indirectement, Marc Morial, ancien maire de La Nouvelle Orléans et président de la Ligue urbaine nationale, une organisation noire, a estimé que la musique du chanteur disparu « avait accompagné des générations de changement économique et social. » En réalité, Michael Jackson avait bien commencé dans un groupe soul noir, les Jackson Five . Et c’est Motown , le premier producteur de musique noire, qui leur avait mis le pied à l’étrier. En 1972, à 14 ans, sa voix enchantait le film Ben, de Phil Karlson, l’un des premiers de la veine des « black movies » , ces films avec acteurs afro- américains et musique soul qui allaient bientôt se multiplier.

Dans le Washington Post , Wil Haygood rappelle que l’on se trouve alors seulement huit ans aprés l’abolition légale de la ségrégation raciale aux Etats- Unis.

« Beaucoup des cinémas où Ben était à l’écran avaient auparavant interdit leur entrée aux Noirs. » En ce temps- là, l’apport de la musique noire à la culture américaine était déjà incommensurable, mais jusqu’aux années 1970, trés rares étaient ceux qui étaient parvenus à se frayer un chemin dans le business, c’est- àdire chez les Blancs.

Le fait est que, pour y parvenir, Michael Jackson allait progressivement se « blanchir » . Pour devenir un chanteur solo, le producteur Rony Alexenburg l’avait convaincu de quitter Motown , sa maison de disques noire, pour passer chez CBS , du côté de la « big industry » , forcément blanche à l’époque.

Et plus il était devenu une pop star planétaire, plus il avait semblé s’éloigner de ses « racines » – la chirurgie esthétique et le blanchiment de sa peau accentuant l’idée de sa nouvelle identité, post- raciale, ou non raciale, ou ce que l’on voudra.

Dans un documentaire cruel, un assistant- chirurgien esthétique expliquait qu’un dermatologue lui avait dépigmenté la peau, et que le chirurgien avait pour mission d’effacer ses traits noirs, d’affiner son nez, par exemple…

« Black or White »

Malgré ce qui pouvait apparaître aux yeux des militants de la cause noire comme une forme de déni de soi, malgré, aussi, la multiplication des scandales sordides, « l’Amérique noire refusait de l’abandonner, comme si elle connaissait la peine qui s’empare de tant d’enfants chanteurs, qu’ils soient noirs ou blancs » , explique Wil Haygood.

Etonnamment, lors de son dernier procés, en 2005, où il était encore une fois accusé de pédophilie – accusation dont il fut acquitté – il était brusquement apparu entouré de quelques gros

bras ne cachant pas leur appartenance à « Nation of Islam » , un mouvement noir fondamentaliste. On n’a jamais su s’il avait fait appel à eux ou s’ils s’étaient imposés à lui.

Lâché alors par beaucoup, il ne les avait en tout cas pas rejetés.

« Black or White » , c’était le titre d’une de ses chansons. Sa célébration au coeur d’Harlem, comme les déclarations d’amour et de tristesse émanant de nombre de leaders communautaires afro- américains témoignent à l’évidence d’une volonté de réappropriation par la communauté afro- américaine de l’icône disparue.

Le pasteur Jesse Jackson rappelait ainsi avec émotion un épisode où Martin Luther King, de passage dans une ville, avait tenu à rencontrer les Jackson Five . Pour les Noirs américains, expliquait Maureen Orth, de Vanity Fair , qui connaissait trés bien Michael Jackson, le chanteur va désormais rejoindre leur « panthéon divin » . Dans l’ordre, elle a cité « Mohamed Ali, Martin Luther King et Jésus- Christ »

© Le Monde

Et Aussi:

Article by Sarah Lagesse on 1:56 pm Filed under Monde. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

Leave a Reply

Recently Commented

  • CITADINE: C’est bien connu que les les filles des villages qui se comportent comme des...
  • wussy: Michele you were happy doing allegations on ur private media. Now you reap what you sow....
  • masealake: What Australia hung parliament demonstrating deep in voter’s heart? Australia citizens...
  • Sputnik: hahahahahahahaha
  • Jillian Galloway: $113 billion is spent on marijuana every year in the U.S., and because of the...
  • M i K L: ELLE leche les C***** pour une épilation sexuelle!!!!!!!!!
  • MRS RAO: THANK YOU M. HYDAKORWYKS FOR YOUR COMMENT AND TO MAKE IT CLEAR THAT THIS PERSON, PREMA...
  • Michèle: je ne sais pas mais leurs tronches de raciste me donnent la chair de poule ; qu’il...
  • eagleeye: Hi Prema, the length of your comment would indicate that this is a well researched and...
  • chandra walker: please can i have the address of the the Hindu common front I would like to write...

Photo Gallery

Journal de Ile Maurice
affaire afrique air mauritius après midi ces collaboration conférence de presse domicile Dossier europe facebook gouvernement grande bretagne ile maurice images institutions intention la presse l avenir manchester united match mauricien mauritian mauritian newspaper mauritians mauritius mauritius telecom MSM navin ramgoolam news opposition parents parti paul berenger PMSD population poste de police premier ministre radio rama rashid train tribunal visa world cup