Les travaillistes reprennent du poil de la bête
Et si Gordon Brown gagnait les élections législatives prévues le 6 mai prochain ? Ce qui semblait inenvisageable il y a quelques semaines – quand le Premier ministre travailliste était, dans les sondages, dix points derriére son concurrent conservateur, David Cameron – est devenu une hypothése plausible.

Ces deux derniéres semaines, l’écart entre les deux candidats n’a cessé de se resserrer. Selon une enquête d’opinion publiée par le Sunday Times le 28 février et réalisée par l’institut YouGov, Cameron ( avec 37 % des voix) ne devance plus Brown que de deux points. Et le Labour, même s’il n’obtient pas la majorité absolue des siéges ( 326), reste le premier parti représenté à la Chambre des communes.
Pour des raisons qui tiennent à la répartition géographique de l’électorat britannique, le systéme majoritaire à un tour permet aux travaillistes d’avoir plus d’élus que les conservateurs avec moins de voix. « Il faut aux premiers un point d’avance sur les seconds pour obtenir une majorité absolue à Westminster quand une victoire tory nécessite quelque dix points d’avance » , explique Peter Kellner , président de YouGov . Voilà pourquoi en 2005, avec 35,3 % des voix, Tony Blair a remporté 55,2 % des siéges.
Avec deux points de retard sur Cameron, Brown, qui a succédé à Blair en juin 2007 sans élection, resterait donc au 10, Downing Street. « Dans les sondages, il y a une marge d’erreur classique de deux points » , précise Kellner. Viennent s’y ajouter les fl uctuations liées à l’actualité. D’ailleurs, un sondage de YouGov publié par le Sun, mardi 2 mars, dans la foulée de la conférence du Parti conservateur qui s’est tenue à Brighton le week- end dernier, donne 7 points d’avance aux tories ( 39 % des voix).
« Les conservateurs ont plus de chances de gagner les élections, mais une victoire travailliste n’est plus exclue » , poursuit Kellner. Un scénario que personne jusqu’ici – à part peut- être le principal intéressé – n’envisageait.
Car le Premier ministre, aprés une courte lune de miel avec ses concitoyens lassés de dix ans de blairisme, a vite atteint des sommets d’impopularité. En mai 2008, Cameron le devançait de 26 points dans les sondages.
Et, depuis l’automne 2007, il n’a jamais été donné gagnant aux législatives.
La crise fi nanciér e , la récession, le scandale des notes de frais de Westminster, le bourbier afghan, les luttes internes au Labour et les maladresses à répétition du Premier ministre avaient refroidi les Britanniques.
Cameron, leader des tories depuis 2005, semblait assuré de la victoire. Ce qu’il a lui- même baptisé son « conservatisme compatissant » , adepte du marché mais soucieux d’aider les déshérités, lui a permis de se démarquer du libéralisme de l’ancien premier ministre conservateur Margaret Thatcher.
Le désir de changement de ses concitoyens faisait le reste.
C’est à l’automne 2009 que les électeurs ont commencé à douter du « novice » , comme Brown appelle son rival, et du sérieux du programme conservateur. En revenant, en novembre, sur sa promesse d’organiser un référendum sur le traité de Lisbonne s’il était élu, Cameron s’est affaibli dans un pays profondément eurosceptique.
Et avec la montée de la dette publique ( 80 % du produit intérieur brut prévus en 2014), il ne parvient plus à expliquer comment il compte réduire les dépenses de l’Etat tout en préservant les services publics. Depuis janvier, les choses s’accélérent. Cameron semble confus.
Il promet de s’attaquer aux défi cits dés son élection, alors que la reprise économique est fragile. Le lendemain, il modére son propos. Puis il renonce à l’une des mesures phares de son programme ( une ristourne fi scale pour les couples mariés) compte tenu de l’état désastreux des fi – nances publiques. Avant de revenir sur ses déclarations. « Il y a une forte corrélation entre le recul de Cameron et la maniére dont les Britanniques jugent son aptitude à gérer l’économie » , note M. Kellner. Et le sondage du Sunday Times est le premier depuis juillet 2007 dans lequel les personnes interrogées font plus confi ance au Labour qu’aux tories sur ce sujet.




