La fréquentation touristique de l’île Maurice est en net recul
Derriére ce constat se cachent des disparités : les Français sont toujours là, les Sud Af’désertent et les Chinois débarquent timidement. Tour d’horizon.
Ce n’est un secret pour personne : échaudés par la crise, touristes européens, sud- africains et asiatiques, voire américains, encore en forte progression l’an dernier, se font plus rares le long des plages et dans les hôtels.
Sur les trois premiers mois de l’année, ils étaient 236 000 à visiter Maurice ( 1) . C’est 25 000 de moins qu’au premier trimestre 2008. Ce qui donne, bon an mal an, un recul de 10 % de la fréquentation touristique, tous pays confondus.
Mais ce chiffre masque des disparités fortes d’un pays à l’autre. Certaines nationalités « boudent » Maurice plus que d’autres. Et puis il y a les fidéles. Ou mieux encore, ces touristes qui feintent la crise et débarquent aujourd’hui plus nombreux qu’hier. C’est le cas de deux micromarchés : la Chine (+ 10,1 %) et le Canada (+ 21,1 %).
« La hausse du nombre de visiteurs chinois est probablement liée au road show de novembre 2008 et à notre présence accrue dans ce pays depuis » , diagnostique Patrice Legris, directeur de l’Association des hôteliers et des restaurateurs de l’île Maurice ( AHRIM). Cette mini- tournée d’une semaine à Beijing et Shanghai devait servir de rampe de lancement. Une stratégie payante puisque les vacanciers de l’Empire du Milieu doublent ( pour l’instant) leurs homologues belges ou espagnols, généralement plus nombreux.
Signe annonciateur : l’an dernier, les arrivées chinoises avaient progressé de 9 %, un record sur le marché asiatique.
« Il faut ramener les choses à leur juste valeur » , tempére aussi sec Patrice Legris. « Il y a eu 930 000 touristes en 2008, et parmi eux, 3 200 canadiens et 8 400 chinois . Ces marchés restent embryonnaires » . 84 % des visiteurs arrivent encore de la Vieille Europe, de La Réunion et de l’Afrique du Sud.
N’empêche, les professionnels du secteur ne font pas la fine bouche.
« Tout est bon à prendre ! » , résume Jimmy Tan- Yan, directeur de l’agence de voyages Cathay Tours . Depuis le début de la crise, cette enseigne limite la casse. Et c’est un peu aux Chinois qu’elle le doit.
« J’accueille réguliérement des groupes de businessmen chinois en vacances , indique Jimmy Tan- Yan. La base de ma clientéle reste européenne. Mais en termes de croissance, la Chine, c’est l’avenir, le prochain marché. » On estime en effet que 100 millions de Chinois voyageront à l’étranger en 2020 ( 2) . Contre 35 millions en 2007… Seconde bonne nouvelle : les Français – les plus nombreux et de trés loin – sont toujours là. L’opé – ration « Maurice sans passeport » s’est révélée payante. Les arrivées accusent certes un recul de 2,2 %, mais celui- ci est modeste au regard de l’évolution des voyages. En France, les ventes de séjours touristiques à l’étranger s’effondrent en effet de 20 %. Ce qui fait la différence ? Pour Karl Mootoosamy, directeur de la Mauritius Tourism Promotion Authority ( MTPA), « la France est unmarché mature » . Comprendre: « fidéle » , crise ou pas crise. Ce qui est d’autant plus vrai avec les Réunionnais : 29 500 arrivées début 2008, 29 500 arrivées début 2009. De la haute fidélité ! Au final, prés d’un touriste sur deux à Maurice est Français. « Pour les trois premiers mois de l’année, les Français métropolitains et Réunionnais représentaient 44 % des arrivées » , acalculé Patrice Legris , pour qui « les actions de terrain ont porté leurs fruits. » Et ce n’est sans doute pas un hasard si ce terme était repris ces jours- ci par le président de l’Association des tour- opérateurs français, René- Marc Chikli.
« La politique tarifaire de la destination ( Maurice), revue à la baisse, mais aussi les opérations de séduction permettant de s’y rendre uniquement avec sa carte d’identité portent leurs fruits. » Voilà qui est clair. Mais alors, qui boude Maurice ? Qui sont ces 25 000 touristes aux abonnés absents ? Second marché aprés la France, la fréquentation britannique résistent moins bien (- 6,2 %). « La situation s’est encore dégradée » , estime- t- on à Cathay Tours , où la clientéle anglaise au rait chuté de « 35 % entre novembre et avril » . La crise a aussi contrecarré les vacances mau riciennes des Italiens (- 14,5 %) et des Allemands (- 15,2 %), deux marchés importants qui tirent la langue.
Quant aux marchés émergents, les résultats ne sont pas homogénes. Les hôteliers accueillent de moins en moins de Belges et de Suisses. En revanche, les pays de la CEI ( ex- URSS) et l’Espagne restent fidéles.
« Ce pays connaîtra hélas une baisse au deuxiéme semestre » , pronostique- t- on à l’AHRIM. Deux explications : « La dureté de la crise qui frappe l’Espagne et le non renouvellement des vols directs de mars à octobre. » Mais l’essentiel est ailleurs, Patrice Legris n’en fait pas mystére. « Les marchés qui nous inquiétent le plus sont ceux de l’Afrique du Sud et de l’Inde, qui représentent une part importante de nos arrivées » ( respectivement 9 % et 4 %).
En Afrique du Sud, la crise a rebattu les cartes. Aprés trois ans de fréquentation record (+ 69 % entre 2005 et 2008), les nuages arrivent : le nombre de visiteurs Sud Af’ à Maurice a chuté de 26 % en début d’année. Une grosse fessée pour cet important marché, le quatriéme en termes d’arrivées.
Concrétement, cela représente en moyenne 400 visiteurs de moins par semaine, l’équivalent d’un Airbus et demi. C’est le recul le plus prononcé cette année. Et ça devrait continuer : l’Afrique du Sud, qui vient d’entrer en récession pour la premiére fois en 17 ans, « mettra du temps à remonter la pente » , s’inquiétent les professionnels mauriciens.
La baisse des arrivées en provenance de l’Inde a également été brutale, avec un plongeon de 32 %. « Depuis janvier, on souffre » , reconnaît Jeenarain Soobagrah, directeur de l’agence de voyages Bony Air Travel . Il faut dire que le touriste indien représente 80 % de sa clientéle. « Entre mai et juillet, nous sommes censés être en période de pointe. Or l’activité continue de chuter de 30 %. » Conséquence directe : « J’ai dû licencier des guides et des chauffeurs. » Selon Jeenarain Soobagrah, la crise n’explique pas tout : « Nos méthodes de marketing en Inde sont dépassées. » Un sentiment partagé par d’autres voyagistes.
« La derniére campagne de promotion était un vrai bazar , raconte un participant qui a requis l’anonymat. On mélangeait cocktail et réunion de travail, ça manquait d’organisation, de rigueur, de professionnalisme. Cette année, un road show a même été annulé, tout ça n’est pas sérieux ! » Pas trés sérieux non plus ce tiercé de déserteurs : quelle mouche a donc piqué les touristes hongkongais (- 87 %), émiratis (- 67,5 %) et singapouriens (- 53 %) ? « Ces nouveaux marchés sont encore en rodage , commente Patrice Legris. Ils sont importants mais pas prioritaires en termes d’investissements. »
( 1) Source : Bureau central des statistiques.
( 2) Source : Organisation mondiale du tourisme.
« Les marchés qui nous inquiétent le plus sont l’Afrique du Sud et l’Inde. »




