L’horrible assassinat du directeur du musée de Mahébourg

Les circonstances entourant le décès tragique de cet homme au parcours professionnel exemplaire tendent à faire croire qu’il était un fils de bonne famille mais que le sort lui a joué un mauvais tour.
Tout laisse croire que c’est son homosexualité qui a perdu Sunil Nosib, célibataire et directeur du musée de Mahébourg, tué d’un coup de couteau au cœur entre autres épouvantables blessures. Comme à Maurice une telle orientation sexuelle est taboue, c’est sur Internet qu’il aurait cherché des partenaires pour, semble-t-il, satisfaire ses besoins sexuels. Lui, homme parti de presque rien à Sodnac, Quatre-Bornes, a fait un parcours scolaire et professionnel appréciable, ce qui lui a donné les moyens de mener une vie aisée. Hélas, il serait tombé sur des voyous au lieu de gens biens. Vraisemblablement, les suspects entretenaient une liaison homosexuelle avec la victime. La police n’écarte pas cette piste car des photos d’hommes nus auraient été recueillies dans la chambre de Sunil Nosib. Les deux suspects allèguent, pour leur part, qu’ils étaient «amis» avec le directeur du musée et qu’ils «sortaient ensemble». Sunil Nosib, 41 ans, fréquentait Murugan Goindanappa, 30 ans, un saisonnier habitant Hollyrood No. 1 à Vacoas, depuis environ neuf mois. Ce dernier raconte qu’il a fait sa rencontre sur le Net. Le suspect indique que lors de chaque rencontre, Sunil Nosib lui offrait la somme minimale de Rs 500 pour qu’il se procure de la nourriture et de la boisson avant de passer du bon temps ensemble. Son complice Nivesh Kumar Gowrydoss, un électricien de 33 ans habitant Solferino, connaissait, pour sa part, le directeur du musée depuis trois à quatre jours seulement. Les suspects sont célibataires. suspects L’horrible assassinat du directeur du musée de MahébourgUn enquêteur estime que Gowrydoss et Goindanappa étaient également amants. Une charge provisoire d’assassinat pèse sur eux. Ils sont en détention. Dans leur déposition respective, les deux hommes affirment que le mobile de leur crime est le vol. Ils indiquent, pour preuve, le fait qu’ils avaient fait des retraits sur le compte bancaire de Sunil Nosib. Ils auraient tué celui-ci parce qu’il refusait de leur remettre de l’argent alors qu’il avait l’habitude d’être généreux. Interrogé sur le prétendu lien d’amitié particulière de Sunil avec ses présumés meurtriers et sur l’orientation sexuelle de son fils, Bissandeo, père de la victime, s’explique : «Il était très populaire et avait beaucoup d’amis. Je précise que je ne les connaissais par tous. Il n’avait pas de fiancée et n’avait pas de projet de mariage. À chaque occasion je lui demandais : «Quand est-ce que tu vas te marier Sunil ?» Il ne répondait que par un sourire.» Un oncle s’écrie, pour sa part, que la famille Nosib est complètement abasourdie après avoir appris que Sunil aurait entretenu une liaison homosexuelle avec ses présumés agresseurs, notamment avec le suspect Goindanappa : «Nous sommes très choqués depuis que nous avons appris qu’il serait homosexuel. On n’était pas au courant. On ne savait rien de sa vie privée.» Dans la localité où le directeur habitait avec ses parents, c’est la désolation totale. Bissandeo et son épouse, Sarojini, sont inconsolables de même que leurs enfants : deux filles aînées et leur fils cadet. «La famille Nosib et l’île Maurice ont perdu un cerveau. Il était très intelligent. C’était un fils exemplaire. C’était mon troisième enfant. C’était un bon garçon. Il allait fêter ses 42 ans dans quelques mois. Nous sommes très affectés. Nous avons vécu des moments angoissants. Je gardais espoir après sa disparition mais je me suis préparé au pire», raconte son père, un ancien inspecteur d’écoles du primaire qui travaille maintenant dans une école payante du même cycle dans le Nord. Cet homme de 74 ans explique que son fils était un jeune homme «brillant» et «très dynamique» : «Il a connu un parcours académique remarquable car il était très studieux et très appliqué dans ce qu’il faisait.» Après ses petites classes à l’école Émilienne Rochecouste à Quatre-Bornes, Sunil Nosib fait le secondaire au collège St-Andrew’s à Rose-Hill où il obtient, par la suite, de bons résultats au HSC. Peu de temps après, il part étudier l’art plastique en Inde. Sur place, il apprend que sa demande d’inscription dans une école spécialisée dans son domaine de prédilection a été acceptée à Montpellier en France. Il rentre à Maurice pour ensuite rejoindre l’Hexagone. Après ses études dans ladite ville française, il décroche deux diplômes importants à Aix-en-Provence, à savoir une licence et une maîtrise en Arts plastiques. Il rentre au pays après six ans et entame une courte carrière dans l’enseignement. Il exerce au collège Lorette de Curepipe et au Medco Bhujohary à Cassis avant de prendre de l’emploi au musée de Port-Louis en 1997. Deux ans plus tard, Sunil Nosib part pour Cape Town, ville australe de l’Afrique du Sud, après avoir décroché une bourse en muséologie et en patrimoine. À son retour, il est nommé assistant directeur du musée de Port-Louis. Il occupe, par la suite, le poste de directeur par intérim des musées du Sud : ceux de Souillac, Tyack, Mahébourg et Vieux-Grand-Port. C’est en 2004 qu’il est nommé directeur par intérim du musée de Mahébourg. Il est confirmé à ce poste quelque temps plus tard. «Il est victime de son succès», estime le père de Sunil Nosib «J’ai été très bouleversé en apprenant la nouvelle de la découverte de son cadavre mardi. Notre famille avait déjà prévu le pire après la découverte de sa voiture. Je ne souhaite à aucun parent ce par quoi nous sommes passés depuis la disparition de mon fils. Nous vivons des moments pénibles.» L’ex-directeur du musée de Mahébourg meublait son temps libre en fréquentant, selon son père, un club de gym à Vacoas pour «keep fit». Sunil faisait aussi, dit-il, de la bicyclette. Mais il passait le plus clair de son temps à s’adonner à sa passion principale, c’est-à-dire faire des dessins et s’appliquer dans l’art plastique. Il regardait aussi des films dans sa chambre. Sa mort révolte les siens. Selon eux, il ne méritait pas de mourir de cette façon horrible. Les limiers de la Major Crime Investigation Team (MCIT) et ceux de la Criminal Investigation Division (CID) de Quatre-Bornes étaient sur la brèche pour élucider ce crime. Les policiers avaient enquêté sur les fréquentations du disparu et aussi sur son passé. Ils ont d’abord procédé à l’arrestation du suspect Gowrydoss, à 6h le mardi 26 mai. Ce dernier n’a pas tardé à passer à table. Il a reconnu avoir mortellement agressé Sunil Nosib avec l’aide de Murugan Goindanappa dans l’après-midi du vendredi 22 mai. Le suspect Gowrydoss a ensuite indiqué le lieu du drame. Les policiers étaient sur sa piste après la découverte de la voiture du disparu dans la localité du suspect. Ils avaient pris note des divers déplacements du véhicule la veille. Selon une source policière, les suspects seraient allés rencontrer Sunil Nosib à Mahébourg ce jour-là. C’est dans la voiture de ce dernier qu’il se sont dirigés vers La Brasserie où ils avaient leurs habitudes. Les deux suspects sont fichés à la police et ont des «previous cases of larceny», selon une source policière. Après la découverte de sa voiture à Solferino, les enquêteurs ont mené un travail de fourmis sur le terrain. C’est de cette façon qu’ils ont eu vent que le suspect Gowrydoss aurait été vu au voulant de la Toyota Yaris. Cette piste s’est avérée payante lorsque les caméras de vidéosurveillance l’ont filmé alors qu’il effectuait des retraits d’un montant totale de Rs 24 000 avec la carte bancaire de Sunil Nosib à un guichet automatique. Son complice – qui était à ses côtés lorsqu’il effectuait les retraits – a été arrêté peu de temps après. Le visionnage de ces images vidéo a dirigé les enquêteurs sur la piste des suspects. Ils étaient partis faire les retraits à pied après avoir abandonné la voiture à proximité d’un restaurant à Solferino. Ils avaient aussi volé son cellulaire et son ordinateur portable que la MCIT a recueillis après l’exercice de la reconstitution des faits au domicile du suspect Goindanappa. Les deux malfrats ont indiqué aux enquêteurs les différents endroits où ils se sont rendus après avoir commis leur forfait à savoir à La Caverne où ils auraient tenté d’effectuer un retrait bancaire et où le distributeur de billets a avalé une carte, à Quinze Cantons où ils ont partagé le butin et là où l’un d’eux a ensuite jeté les cartes de la victime, ses vêtements et l’arme du crime dans une rivière. Arme que les enquêteurs ont retrouvée. Deux petits malfaiteurs, amateurs en banditisme, ont admis avoir mis fin à une vie remplie de promesses. Quel gâchis ! Un corps lacéré de partout Le rapport d’autopsie, pratiquée par le Dr Satish Boolell, indique que le directeur du musée de Mahébourg est mort des suites d’une «stab wound at the heart». Ses agresseurs avaient perforé son cœur. La victime avait également une profonde entaille au cou. On lui avait sectionné la carotide. Il avait aussi des blessures au bras qui indiquent qu’il se serait débattu pour tenter d’éviter des coups que lui assénaient ses agresseurs. Selon un communiqué de la police, Sunil Nosib était allongé sur le sol à moitié nu et avait des blessures à l’estomac. Il était porté manquant depuis le vendredi 22 mai. Le directeur du musée de Mahébourg n’est pas rentré de son travail ce jour-là. Son père Bissandeo a signalé sa disparition à la police le lendemain matin. Sa Toyota Yaris bleu métallisé a été retrouvée le dimanche 24 mai à Solferino. Le véhicule était fermé à clé. C’est avec le double de la clé récupérée du père que la police a pu l’ouvrir pour l’examiner. La Yaris ne portait aucune trace de lutte. La police a retrouvé le corps du disparu en état de décomposition dans une maison abandonnée à La Brasserie le mardi 26 mai. Remerciements Dans sa douleur, Bissandeo Nosib remercie tous ceux qui lui témoignent de la sympathie en guise de solidarité dans ce moment difficile, à savoir ses proches, des connaissances et ses voisins. Il tient précisément à remercier le commissaire de police et toutes les unités policières qui ont enquêté sur le meurtre de son fils, à savoir la MCIT, la CID, la Special Mobile Force et l’Anti-Drug & Smuggling Unit. Ses remerciements vont aussi au Dr Satish Boolell et aux policiers de la branche scientifique.

Par Jean Marie Gangaram
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Posted by Sarah Lagesse on 1:24 pm Filed under Actualités. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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