Grippe A (H1N1) Nombre de morts : silence radio de l’État
Depuis qu’elle frappe Maurice, la grippe a atteint quelque 3 à 5% de la population, soit environ 36 0000 à 60 000 personnes. C’est l’estimation faite par les médecins privés. Une estimation en contradiction avec les données des autorités mauriciennes, qui se bornent à dire qu’environ 25 000 personnes seraient atteintes. Hier, à l’issue d’une réunion rassemblant les services de l’État autour de la question du chikungunya, un point épidémiologique sur la grippe A (H1N1) a été communiqué à la presse. Le ministre de la Santé, Rajesh Jeetah, très critique envers la presse, a soutenu que son ministère est le seul organisme à disposer d’un daily track record informatisé des patients. Mais un autre pavé a été jeté dans la mare, après celui de l’AFP qui annonçait la semaine dernière que Maurice a le plus haut taux de décès liés à la grippe A (H1N1) dans la région Afrique. Le Journal de l’Île de la Réunion, dans un article consacré à la situation dans le pays, indiquait hier que “Maurice sous-estime l’ampleur de la grippe A.” Les données concernant la progression du virus à Maurice sont incohérentes, y soutient Laurent Fileul, coordonnateur scientifique et responsable de la cellule interrégionale d’épidémiologie (Cire) Réunion-Mayotte. Outre la guerre des chiffres, la gestion du dossier par les autorités mauriciennes cette semaine engendre également un flou et des incompréhensions.
Si, officiellement, le nombre de décès liés au virus de la grippe A (H1N1) est passé à cinq – l’État reconnaissant que deux enfants, Ryan Henri et Farheen Husgur (âgés de deux ans et demi et quatre ans respectivement) et trois adultes, Mukesh Soocheta (49 ans), employé à l’université de Maurice, Mahmad Yusha Abdoollah (29 ans), Fareeda Jowaheer (54 ans) ont été emportés par cette maladie – dans le privé, les données avancées sont supérieures, tant au niveau du nombre de malades que du nombre de décès.Un médecin chevronné du privé soutient, lui, que “90 % des consultations en raison de grippe concerne le virus grippal A (H1N1)”.
La décision du ministère d’arrêter le décompte ne fait pas l’unanimité dans les milieux hospitaliers ainsi qu’au sein de la population, d’aucuns estimant que le public, au nom de la transparence, comme recommandé par l’OMS, est en droit de savoir combien de morts relèvent de complications de la grippe A (H1N1). Le porte-parole des médecins privés (PMPA), le Dr Z. Joomaye, explique qu’il est difficile en période épidémique de répertorier tous les cas et les chiffres que nous avançons, dit-il, soit un taux entre 3 à 5 % de la population touchée, sont des estimations. Toutefois, la PMPA est d’avis que, “dans le contexte où nous ne faisons pas le dépistage systématique de tous les cas de grippe, il convient de considérer que les décès liés à une pneumonie pourraient être secondaires à la grippe A (H1N1), dépendant du tableau clinique et de l’évolution du traitement”.
Plus de quinze décès, selon les professionnels
Du coup, si on tient compte du nombre de décès liés à la pneumonie ces derniers jours, le nombre de décès associés au virus grippal A (H1N1) s’élèverait à une quinzaine, indiquent plusieurs sources dans le domaine. Selon les données ministérielles, alors que le nombre de patients souffrant de Upper Respiratory Track Infection (URTI) s’élevait à 942 pour nos cinq hôpitaux au 9 août dernier, le nombre se portait, à hier, à 2029, soit plus que le double du chiffre habituel durant cette saison.
Prenant en considération que 30 à 40 % de la population pourrait être touchés, comme annoncé par le ministère la semaine dernière, plusieurs experts étrangers s’accordent à dire qu’on doit s’attendre à un nombre de décès directs imputables au virus allant jusqu’à 40 à 45 prochainement. Les médecins privés sont d’avis que les autorités devraient se concentrer sur le nombre de décès liés au virus grippal A (H1N1), car, disent-ils, c’est sur le nombre de décès que nous allons avoir une idée de la virulence de ce virus comparée à la grippe saisonnière habituelle.
Seulement cinq, insiste l’État
Les autorités campent sur le nombre de cinq décès liés au virus grippal, ajoutant que les chiffres seront uniquement communiqués à l’Organisation mondiale de la santé (OMS). En effet, la barre de 40 cas confirmés ayant été franchie, la Santé a décidé, en début de semaine, d’arrêter ses analyses sur la masse. Une fois encore, hier après-midi, la Santé a rappelé que, selon les recommandations de l’OMS, la pandémie étant présente dans la communauté, “il faut à ce stade, se concentrer sur les traitements.”
“Nous continuerons à faire les tests uniquement pour les high risk groups”, indique le Chief Medical Officer de la Santé, le Dr Ahad Abdool. Ces analyses, au nombre de 12, seront effectuées quotidiennement dans les cas jugés sérieux, notamment chez les femmes enceintes, les personnes avec des antécédents de maladies chroniques, et les patients en salle de soins intensifs présentant des symptômes de grippe A (H1N1).
Hier, le ministre Jeetah a fait ressortir que, depuis une semaine, le nombre de patients atteints de grippe qui ont visité nos centres de santé s’élève à environ 25 000. Comparativement, La Réunion fait état de 30 000 cas de grippe A (H1N1) sur son territoire. Dans un article consacré à Maurice, le JIR remet en question les chiffres communiqués par les autorités mauriciennes. Laurent Fileul, coordonnateur scientifique et responsable de la cellule interrégionale d’épidémiologie (Cire) Réunion-Mayotte, soutient qu’”avec cinq décès attribués avec certitude au virus, le nombre de cas de personnes contaminées doit être beaucoup plus élevé que ce qui est officiellement annoncé.”
Indigné, le ministre Jeetah a pesté hier contre ce constat, s’écriant : “Li paret ki sa missié-là konn plis ki Dr Margaret Chan (NDLR : directeur général de l’OMS) ki finn dir limem ki system-la incertain. Si li pensé ki li kapav donn bann sif ezak, bonne chance à lui.” Le ministre de la Santé est revenu sur les propos tenus dans nos colonnes la semaine dernière, selon lesquels les chiffres officiellement communiqués représentent “the tip of the iceberg”. “Nous avons dit que la pandémie est au sein de la communauté. Pour l’heure, nous devons nous concentrer sur les traitements. Nous ne devons pas nous attarder sur autre chose”, dit-il. Et d’insister pour qu’il n’y ait pas de la part de la presse de “spin around sur un sujet aussi sérieux que la grippe A (H1N1)”.
Rajesh Jeetah indique par ailleurs qu’un système informatisé pour le répertoire des patients a été mis en place. “J’ai entendu dire, dit-il, qu’il existe d’autres pays où les chiffres communiqués sont plus précis. Mais je vous assure que nous sommes le seul organisme à disposer d’un daily track record pour nos patients.”Il rappelle par ailleurs que “nous sommes dans une situation de crise, une situation qui nécessite la compréhension de chaque mauricien et la collaboration de tous.” Et de faire ressortir que les informations diffusées par la presse “a des répercussions sur la population et sur mon personnel de santé.”
Mais le porte-parole de la PMPA persiste qu’il est impératif que la Santé communique au moins aux médecins et chercheurs les données d’épidémiologie du virus. Les professionnels restent d’avis que la compilation des données scientifiques liées à l’épidémie de cette année pourrait servir à adapter les stratégies futures en cas de nouvelle attaque l’année prochaine et, plus généralement, pourrait servir la communauté scientifique internationale à la compréhension et à l’évolution du virus grippal A (H1N1).
En attendant, face à une flambée du nombre de cas qui montre un virus très virulent et contagieux, le grand flou règne dans la communication de la situation épidémiologique. Serait-on en train de revivre la gestion catastrophique du chikungunya en 2006 ? Il faut dire que les chiffres impressionnent. En outre, si le chikungunya a fait une nouvelle apparition à La Réunion et arrive à encore toucher Maurice, avec la grippe A (H1N1) et la dengue toujours sur notre sol, il y aurait de quoi trembler…
Le dossier flou du Tamiflu
Après l’épisode d’extension de délai de deux ans de la date de péremption, le Tamiflu suscite une nouvelle fois la polémique. Tantôt sur sa disponibilité sur le marché local, tantôt sur le stock en réserve dans nos centres de santé publics.
La méthode d’achat du Tamiflu par l’État est pointée du doigt. Des informations publiées dans la presse hier – selon lesquelles l’État qui se targuait d’avoir plus de 155 000 doses de Tamiflu disponibles n’en aurait que 50 000 en stock – ont pressé le ministère de la Santé à fournir des explications à la population. La directrice du Pharmaceutical Department, Mme Jankee, a été sommée par le ministre Jeetah à donner à la presse tous les détails relatifs au Tamiflu, pour “contredire les mauvaises langues.”
C’est ainsi, avec force détails techniques expliquant les composés chimiques du Tamiflu, que Mme Jankee a assuré que l’État dispose à ce jour de 15,7% d’Osseltamivir capables de soigner 197 942 patients. Or, selon les recommandations de l’OMS, chaque pays doit disposer d’un stock qui puisse couvrir au moins 25 % de sa population. Compte tenu du stock actuellement disponible et avancé par le ministère, Maurice est loin du chiffre recommandé par l’OMS. Mais le ministère rassure qu’une commande a déjà été effectuée et que provision a été faite pour l’achat de 10 % d’Osseltamivir en septembre. “Ce qui reviendrait à 25% comme préconisé par l’OMS”, indique la directrice du Pharmaceutical Department.
Par ailleurs, sur le plan sanitaire, un système informatique a été mis en place pour gérer le stock de Tamiflu. “Tous les hôpitaux régionaux ont été reliés au réseau. Le pharmacien entre dans le système informatique les données basiques du patient et inscrit la dose indiquée et la forme sous laquelle l’antiviral a été prescrit. La base de données centrale du ministère de la Santé est aussitôt mise à jour automatiquement. Ce système permettra au ministère de la Santé d’avoir un meilleur contrôle sur l’approvisionnement du stock de médicaments dans les centres médicaux et hospitaliers”, expliquait durant la semaine un haut gradé du ministère.
Soulignons que depuis le début de la semaine, les Mauriciens qui se font soigner dans le privé peinent à trouver les boîtes de Tamiflu. Plusieurs médecins privés ont vu revenir à eux leurs patients, ces derniers ne trouvant pas de Tamiflu dans nos pharmacies. Les pharmaciens confirment cette donne, expliquant que ce médicament se trouve en rupture de stock au niveau du fournisseur, soit la Pharmacie Patel, qui approvisionne les autres pharmacies de l’île. Il a fallu attendre quelques jours, notamment jusqu’à hier après-midi, avant que la distribution ne soit faite dans diverses régions.
Vedwacee Nundlall, chief pharmacist de la Pharmacie Patel, estime qu’à ce jour il n’y a plus de manque sur le marché. Toutefois, le fournisseur effectuait hier, une nouvelle livraison de Tamiflu dans les pharmacies autour de l’île. “Nous avons également une nouvelle livraison prévu dans le courant de la semaine”, souligne Vedwacee Nundlall, ajoutant que qu’il faut aussi savoir que ce médicament a été le plus vendu ces derniers jours.
Cette rupture de stock sur le marché local est diversement commentée dans le secteur. Si certains médecins déplorent ce retard pour la commande d’un nouveau stock pour le privé, certains médecins privés avançant que cela a même pu être fatal à certains patients, d’autres estiment que certains Mauriciens auraient fait provision de boîte de Tamiflu afin d’être armés en cas de grippe A (H1N1).
“Il ne faut pas faire de stockage de Tamiflu dans le cadre d’un besoin futur. Ce médicament, sous prescription, est utilisé uniquement pour traiter la maladie. Il ne faut pas en prendre comme mesure préventive”, appelle le Dr Z. Joomaye, porte-parole des médecins privés.
Fermeture des écoles
Décision de dernière minute…
Les devoirs remis aux écoliers et collégiens n’étant pas la continuité de la pédagogie (déjà perturbée) entamée à la rentrée du troisième trimestre, de nombreux élèves n’ont toujours pas récupéré les exercices à faire à domicile en attendant la reprise des classes. La planification, dans l’urgence, de la distribution des copies dans le primaire a relevé des difficultés logistiques auxquelles ce secteur fait face. Ne disposant pas de photocopieuse, plusieurs écoles ont sollicité l’aide des librairies les plus proches. L’accès à l’informatique n’a pas été mis à contribution. Par ailleurs, à hier, a-t-on appris des enseignants qui n’auraient pas répondu à l’appel du ministère de l’Education, auraient maintenu les leçons particulières.
Enfin! La fermeture des établissements scolaires réclamée par quasiment toutes les parties concernées par l’éducation et le monde de l’enfance a été, enfin, agréée par le gouvernement jeudi dernier. A l’heure où la pandémie grippale se propage à grande vitesse et amplifie la psychose chez les parents, est-ce que la décision de fermer les écoles a été prise au bon moment? Le ministre de l’Education, Vasant Bunwaree, a dans ses différentes interventions, assuré que oui, non sans s’appuyer sur des arguments scientifiques et médicales. “Nou finn pran tou bann mézir ki ti bizin pou pa gayn problem”, disait-il aux syndicalistes de l’éducation vendredi dernier lors d’une rencontre à Port-Louis. Les écoles, rappelle le ministre, ont fonctionné durant les quelques jours qui ont succédé la rentrée du troisième trimestre avec toutes les précautions possibles. Même que l’ouverture des écoles aurait, laisse-t-il entendre permis de repérer, voire comptabiliser, des enfants malades! Pour leur part, les stakeholders de l’éducation, primaire et secondaire, déplorent la “décision tardive” des autorités. D’autant, disent certains, “qu’il n’est pas improbable que des élèves aient été malades durant les jours précédant la rentrée”. Toutefois, dans un contexte où la propagation de la pandémie inquiète la population, la suspension des cours, en elle-même, fait l’unanimité. D’ailleurs, face à la pression de part et d’autres et le taux d’absentéisme ascendant ces derniers jours, les autorités mauriciennes n’auraient pu persister et s’obstiner à garder les écoles ouvertes. Il est clair que la planification de dernière minute, des devoirs à distribuer, découle d’une décision prise plus tôt que prévu… Aussi en fermant tous ses établissements scolaires, vendredi dernier, Maurice, selon nos recherches, serait le premier Etat africain à adopter cette ultime mesure en cas de crise. Jusqu’ici, seul l’Afrique du Sud a procédé au cas par cas. Deux écoles privées de Johannesbourg avaient fermé leurs portes, en juillet dernier, après l’apparition de 9 cas de grippe A.
La Confiance, New Eton, Saint-Esprit… devoirs online
La gestion, dans l’urgence, d’une telle crise en milieu scolaire ne sera pas sans leçons! En effet, la distribution, sans préparation au préalable, des devoirs aux élèves, a mis en relief des difficultés logistiques existant dans le primaire qui doivent être corrigées pour palier à d’autres situations similaires à l’avenir. “L’école ne dispose pas de photocopieuse. C’est une librairie du village qui nous a dépanné”, confie un maître d’école de l’Ouest. “Quand l’école dispose d’une photocopieuse, il lui manque alors de papiers!” relève, Vinod Seegum, président de la Government Teachers’ Union (GTU). Ailleurs, dit-il, dans une école des Plaines-Wilhems, “des parents ont eu à copier eux-mêmes des devoirs inscrits au tableau par les profs!” Haniff Peerun, président de la Government Urdu Teachers’ Union (GUTU), explique que des écoles de l’Est ont également eu recours à des photocopieuses de librairies. Aussi, si certaines écoles ont accès à l’informatique, d’autres ne disposent pas d’ordinateurs ou alors ne sont pas connectés à internet. A l’instar de ces collèges (dont La Confiance, New Eton, Saint-Esprit…) qui ont eu recours à internet pour mettre les devoirs en ligne ou les envoyer aux élèves via e-mail, les écoles primaires ayant accès à l’outil informatique auraient pu en faire de même!
GTU: les jours de fermeture pourront être rattrapés
A hier midi, les écoles et collèges avaient distribué des devoirs à un grand nombre de leurs élèves. “Mais pas à la totalité d’entre eux. Nous n’avons pas atteint les 100%”, concèdent la plupart des responsables d’établissement contactés. “La majorité des parents et élèves se sont présentés avant midi vendredi dernier. Ce matin (ndlr:hier), ils ne sont pas aussi nombreux que la veille”, ajoutent-ils. C’est ce que Week-End a constaté à la Raoul Rivet GS, Jules Koenig GS et ailleurs… Les maîtres d’école se préparent à recevoir d’autres parents mardi prochain. Dans un collège de l’Est, le manager de l’institution est d’avis qu’il n’aura pas fort à faire ce jour-là. Pour cause, dit-il, “seulement 50% des élèves du collège ont récupéré les devoirs. Les autres n’en voient pas d’intérêt!” Même si les devoirs sont selon le ministre Bunwaree un moyen de s’assurer que les écoliers et collégiens poursuivent leurs études, malgré la crise, les syndicalistes de l’éducation font ressortir que cette stratégie n’est pas la continuité de la pédagogie. “Ces devoirs sont une forme de révision car sans enseignement l’apprenant ne peut passer, seul sans support, à un nouveau chapitre”, explique un enseignant. En d’autres mots, le travail interrompu cette semaine devra être rattrapé à la rentrée. Pour cette raison, le président, Sunil Jhugroo, de la General Purpose Teachers Union, propose le report d’une semaine des examens de Certificate of Primary Education, lesquels sont prévus entre le 20 et 23 octobre. Un avis que partage Haniff Peerun, mais pas Vinod Seegum. “Ces cinq jours seront aisément remplaçables”, insiste-t-il.
Des parents se renseignent sur les cours particuliers
Hier, c’était aussi un jour test pour la responsabilité des parents et des enseignants de leçons privées. L’appel lancé par le ministre de l’Education pour la suspension des cours particuliers: nécessaire pour l’endiguement de la maladie, n’aurait pas été entendu par tous! Selon nos informations des enseignants: primaire et secondaire auraient poursuivi les cours parallèlement hier. Quant aux parents, un enseignant nous explique que certains l’ont appelé pour s’informer sur la tenue des cours particuliers. “Ils demandaient s’ils devaient envoyer leurs enfants ce matin (ndlr: hier). Quand je leur ai répondu non, ils se sont renseignés à propos de la semaine prochaine. Mes positions sont claires à ce sujet, je ne donnerais pas de leçons tant que les autorités demanderont aux enfants de rester chez eux”, confie un enseignant du primaire. Le ministère de l’Education qui a mis sur pied une équipe de contrôle dans cette optique, ne pourra cependant être dissuasif! “Nous ne pourrons, certes, malheureusement prendre des sanctions contre des enseignants qui persisteront à donner des leçons, mais…” explique Vasant Bunwaree en laissant comprendre que le ministère ne resterait pas les bras croisés. De son côté, Vinod Seegum lance un message clair à ses membres: “S’il y a représailles, la GTU ne cautionnera pas ceux qui donneront des leçons particulières durant la période de congé au détriment de la santé des enfants. Nous ne les soutiendrons, ni défendrons à aucun coût!”
Désinfection, l’exercice se poursuit mardi prochain
Quant à l’opération de nettoyage, elle a été interrompue hier dans plusieurs écoles et se poursuivra mardi prochain. Vasant Bunwaree, a, lors de sa rencontre avec les syndicalistes de l’éducation, indiqué que des préposés du ministère de l’environnement prêteront main forte aux care takers des écoles pour assurer l’exercice de désinfection. S’ils sont nombreux dans le secteur éducatif et même les parents à réclamer une désinfection régulière à la rentrée pour éviter l’émergence de la maladie en milieu scolaire, le Dr Hack Soreefan, de l’association des médecins du privé, est d’avis qu’une désinfection devrait suffire. “Le virus grippal, rappel le médecin, est vulnérable en dehors du corps humain.” Ce facteur, dit-il, laisse très peu de chance au virus d’être effectif sur des surfaces: murs, meubles, sol. Au retour des étudiants en classe, la désinfection, dit-il, ne devrait pas être nécessaire, à moins si des cas de grippe A s’avèrent. Pour ce qui est de l’utilisation du javel comme principal produit désinfectant, le Dr Soreefan, explique que la présence du chlore dans le javel agit efficacement. Il n’est donc pas nécessaire d’avoir recours à la fumigation, même si dans l’idéal ce moyen ne serait pas de trop.
Lors de la rentrée les règles sanitaires devraient être maintenues, voire renforcées dans les établissements. La GUTU, pour sa part, propose la réouverture des classes pour les élèves des Stds (IV optionnel) V et VI uniquement. Les élèves pourraient être selon Haniff Peerrun, répartis dans les classes libres. Et les enseignants du lower primary partageraient les tâches avec leurs collègues du upper primary. La GUTU propose également, la révision des heures de classe, soit de 9 à 14 heures.
Lundi
– Communiqué PMPA réclamant la fermeture des écoles. Pression également de diverses Ong pour une décision gouvernementale en ce sens.
– Tenue de la première réunion interministérielle présidée par le Premier ministre, Navin Ramgoolam
– À l’issue d’une réunion de plus de deux heures, aucune décision prise.
Navin Ramgoolam : “Pas de fermeture d’écoles à ce stade”
Mardi
– 3 cas de grippe A (H1N1) confirmés à Rodrigues
– Manque de Tamiflu constaté sur le marché local
– Le privé demande le soutien de l’État pour les prescriptions aux patients
– Décision de la Santé de recruter 25 médecins et une centaine d’infirmiers
– Le BEC décide la fermeture des classes au cas par cas
– Les propos du directeur de l’Éducation sur les ondes d’une radio privée dérangent. M. Taher sommé de donner des explications
Mercredi
– Décentralisation des Flu Clinics dans les Area Health Centres
– Dans son discours lors du banquet en l’honneur de l’Inauguration de l’hôpital Apollo Bramwell, le Premier ministre laisse comprendre que “la décision de fermer les écoles reste envisageable”
Jeudi
– Dans la matinée – par mesures sanitaires, décision de fermer les écoles plus tôt vendredi
– 2e réunion interministérielle présidait par le Premier ministre
– Conférence rapide de Navin Ramgoolam annonçant pour le lendemain, la fermeture des écoles pour une dizaine de jours
Vendredi
– Fermeture des écoles
– Confusion sur la date de reprise dans les établissements scolaires
– Devoirs à domicile pour les élèves et récupération du travail à faire durant le congé forcé par les parents et les élèves eux-mêmes
– Exercice de désinfection des établissements scolaires
– Cabinet ministériel – précision apportée sur la date de reprise des cours – lundi 31 août
Samedi
– Réunion d’urgence au ministère de la Santé : Menace du Chikungunya
Dr Z. Joomaye : “L’ensemble des mesures prises par la Santé va commencer à porter des fruits très rapidement”
Au front lundi dernier pour réclamer la fermeture des établissements scolaires, l’Association des médecins de l’État, la PMPA, se dit satisfait du choix, même tardif du gouvernement de prendre une décision en ce sens. “C’est dans l’intérêt de la population que cette mesure devait être prise. Nous avions recommandé cette mesure et le bon sens a finalement prévalu. L”ensemble des mesures qui ont été prises par le Ministère de la Santé va commencer à porter des fruits très rapidement après les fermetures des écoles”, estime le Dr Z. Joomaye, porte-parole des médecins privés. Il rappelle que les enfants atteints de la grippe A (H1N1), sont à 60 % les principaux vecteurs de la maladie au sein de la communauté. “Se basant sur les données des derniers jours, le privé espère que nous allons vers le plateau et que la décroissance en nombre de cas va s’amorcer d’ici fin de la semaine prochaine.” C’est dans cette optique que l’association insiste pour que cette mesure ne doit pas être prise à la légère par les parents et les élèves. La PMPA décourage également au public de se rendre dans divers lieux à l’instar des bars, restaurants, cinéma, discothèques… où la promiscuité humaine est trop élevée. “Les lieux de prière aussi doivent être éviter par ceux qui ont le moindre doute par rapport à la grippe qui circule”, soulignent les médecins privés.
Radakrishna Sadien, GSA : “On n’aurait pas dû attendre qu’il y ait 50% d’absence pour prendre fermer les écoles”
Suivant la fermetures des établissements scolaires, le syndicat du service civil lance un appel aux parents. “Il faut que les parents prennent également leurs responsabilités s’assurant désormais que leurs enfants n’aillent flâner dans les rues et en les interdisant de se rendre à des leçons particulières que certains enseignants récalcitrant tenteront quand même de donner”, explique le Président de la Government Servant’s Association (GSA), Radakrishna Sadien. Il déplore toutefois que la décision gouvernementale de fermer les écoles n’a été que trop tardive.”On n’aurait pas dû attendre qu’il y ait 50% d’absence pour prendre fermer les écoles. Sachant que les enfants sont les principaux vecteurs du virus une fermeture plus tôt des écoles était souhaitable. On aurait pu contenir la propagation en isolant les malades chez eux tout en leur offrant un traitement dans la communauté”, estime la GSA.
Le CAS : “Le dossier doit être géré avec plus de transparence”
La décision gouvernementale d’arrêter le décompte de patients atteints de la grippe A (H1N1) indigne les membres du Comité pour l’Amélioration de la Santé (CAS). Le porte-parole de l’association estime que pour susciter davantage de précaution au sein de la population, il est nécessaire de mettre le public devant les chiffres. Selon ses observations, dit-il, le public ne tient pas suffisamment compte des mesures recommandées par les autorités. “J’ai vu des jeunes filles qui se faisaient la bise. Ce n’est pas pour dire que nous devons exagérer, mais la transmission de ce virus est si facile qu’il serait peut-être préférable de mettre la population devant les faits tels qu’ils se présentent, soit avec le nombre de personnes quotidiennement touchés ou décédées face à ce virus, pour qu’elle réagisse en conséquence”, estime Serge Rayapoullé. Pour cette organisation, le dossier de la grippe A (H1N1) doit être géré dans la transparence. D’autant que les propos du Pr Antoine Flahault directeur de l’école des hautes études de Santé, France, dans la presse, ajoute à l’inquiétude d’aucuns, souligne le porte-parole du CAS. Par ailleurs, en raison de la sensibilité de la question, le CAS demande aux politiciens de ne pas faire de démagogie politique avec la question de la grippe A (H1N1). Il s’agit de santé publique, rappelle Serge Rayapoullé, et non d’une question de qui est meilleur ou le pire.
La rentrée des classes :La progression de la grippe A déterminante
L’évolution de l’épidémie grippale sera déterminante pour la rentrée des classes. Si les enseignants doivent, impérativement, se présenter à l’école le lundi 31 août, en revanche, les élèves, eux, devront être attentifs au communiqué prévu en fin de semaine. Celui-ci sera émis après la réunion du task force, vendredi prochain. Si les autorités, après une évaluation de la situation, estiment que les élèves peuvent reprendre le chemin de l’école, la rentrée se fera le 31 aôut. Pour rappel, les chefs d’établissements doivent eux, de même qu’un membre du staff, répondre présents mardi à vendredi dans leurs écoles respectives.
Par ailleurs, le ministère de l’Education a ouvert un hotline: 601 5218 et mis en ligne un site: homework@mail.gov.mu à l’intention de tous les élèves: primaire et secondaire, qui n’ont pu se procurer leurs devoirs ou qui voudraient avoir des informations supplémentaires sur les mesures prises dans ce sens. Ils pourront dès demain, à partir de midi, contacter le ministère par SMS: 9405999.
Lavage des mains
Faute de moyen une école utilise du détergent pour vaiselle
Depuis que la campagne de lavage des mains a été implémentée dans les écoles parmi les mesures préventives pour limiter les risques de propagation du virus de la grippe A, chaque établissement compte sur les fonds des associations de parents d’élèves (PTA) pour se fournir en savons (liquide de préférence) et détergents. Une école primaire du nord de l’île, dont la PTA n’a visiblement pas assez de moyen financier, a trouvé une alternative au savon. A l’heure du lavage des mains des enfants, le maître d’école mélange du détergent pour vaisselle à une grande quantité d’eau qu’utilisent ensuite les petits. Si, a priori, explique le Dr Hack Soreefan de l’Association des médecins privés, l’usage du détergent mélangé à de l’eau n’est pas nocif, toutefois, il prévient que des risques d’allergies ne sont pas inévitables!
CSG-Solidarité: “Les absences au travail ne devraient pas être considérées comme des sick leaves”
La Confédération syndicale de gauche-Solidarité (CSG-Solidarité) a formulé plusieurs requêtes au Premier ministre afin de ne pas pénaliser les salariés affectés par le virus H1N1 en appliquant les dispositions de l’Employment Rights Act. Pour ce mouvement syndical, les absence au travail pour cause de cette même maladie ne devraient pas êtres considérées comme des “sick leaves”, profitant par la même occasion de porter le nombre total de congé de maladies à 21 jours au lieu de 15 jours.
“L’absence au travail pour cause de virus H1R1 ne devrait pas être déduite du nombre du sick leaves autorisées légalement. La CSG-Solidarité invite le gouvernement à apporter les amendements appropriés à l’ERiA et au Remuneration Orders afin que les absences au travail dûment certifiées par un médecin et liées la pandémie ne soient pas déduites du nombre de congé auquel le travailleur a droit”, demandent les signataires de cette lettre, dont Serge Jauffret, Atma Shanto, G. Peeharry, Alain Tolbize et Ashok Subron.
D’autres propositions sont faites en relation à la question de congé de maladie, notamment en ce qui concerne le droit du salarié de bénéficier d’une demi-journée de congé. “Half local leaves should be left to the sole discretion of the workers and not be subjected to employers interference”, ajoutent les dirigeants syndicaux, “At present, ERIA 2008 and all existing Remunerations Orders stipulate that workers entitlement to local leaves are subject to prior authorisation of the employer. Despite the fact that the employer has the sole right to use half of the local leaves of workers at his own discretion, the law also empowers the employer to decide and veto the rest of local leaves that workers are entitled to.”
La confédération syndicale estime également que la formule de congés de maladie associée au “bonus” de présence devrait être suspendue, déclarée illégale et que “such bonuses be integrated in the basic salary of workers”. Estimant que les éventuelles absences liées à la grippe A ne devraient pas être utilisées comme justification pour licencier des travailleurs, la CSG-Solidarité demande que les lois soient amendées pour que ce genre de situation ne se produise pas.
Suivant la décentralisation des soins pour la grippe A
Une baisse du nombre de patients dans les hôpitaux
Face à l’affluence dans les hôpitaux, soit quelque 22 000 patients transitant chaque jours dans nos services de santé publique et environ 25 000 patients atteints de grippe se rendant dans nos hôpitaux, le ministère de la Santé a décidé en début de la semaine dernière de décentraliser son système. L’objectif, diminuer les risques de contamination, en créant 26 flu clinics dans les différents Area Health Centres à travers l’île. Une mesure favorablement accueilli par la population et le personnel soignant qui note déjà une réduction du nombre de patients atteints de grippe dans les hôpitaux. Par ailleurs, cette semaine, toujours dans le but de soulager le service dans les hôpitaux, après le recrutement de 25 nouveaux médecins généralistes, une centaine d’infirmiers seront employés sur une base temporaire par la Santé. Toutefois, certaines voix s’élèvent pour dénoncer le manque de solidarité de certains médecins spécialistes face au nombre de patients se rendant dans les hôpitaux en vue de recevoir des soins contre la grippe.
Reconnaissant qu’il existe un manque sérieux de généralistes pour répondre à l’affluence croissante des malades dans les hôpitaux, la Santé a décidé de recruter au total 125 médecins sur une base contractuelle. 25 d’entre eux sont déjà en fonctions. Un appel à candidatures a été lancé et d’ici quelques jours d’autres médecins volontaires seront en service dans les centres de santé publique. Le ministère a également fait provision pour le recrutement d’une centaine d’infirmiers, afin de suppléer au manque de personnel. La date limite pour le dépôt de candidature en ce qui concerne cette catégorie d’employés est fixée pour mardi. A ce stade, indique la Nurses’ Union, une cinquantaine de lettres d’applications a déjà été envoyée. “Nous pensons que de nombreux camarades feront preuve de solidarité et s’aligneront à la demande du ministère”, indique Cassam Kureeman, président de cette association. De son côté, le Medical Health Officers Association (MHOA) est satisfaite des mesures prises par le gouvernement pour soutenir le personnel soignant. “Nous avons fait plusieurs propositions au ministère lors d’une rencontre durant la semaine, et nous constatons que nos propositions ont été prises en considération”, indique le Dr S. Gopal, président de la MHOA. Qui plus est, dit-il, le syndicat est satisfait de constater une baisse du nombre de patients dans les hôpitaux, preuve que les Mauriciens ont compris la décision de décentralisation des services de soins. Et les médecins généralistes quant à eux se déploient en vue décongestionner le service dans les hôpitaux. “A notre requête le ministère a accepter de permettre aux médecins de faire des extra sessions afin de soulager ceux postés dans les Casualities”, indique le Dr S.Gopal.
Or, si le syndicat semble satisfait, d’autres voix s’élèvent par les généralistes de l’Etat, certains déplorant le “manque de solidarité” de leurs collègues spécialistes dans la lutte contre la Grippe A (H1NI). Plusieurs généralistes soutiennent que certains spécialistes restent indifférents face à l’affluence des patients dans les flu clinics mis en place par la Santé, ces derniers se contentent au lieu de prêter main forte de différentes manières pour libérer ainsi des généralistes pour s’occuper uniquement des cas de grippe, de faire uniquement leur besogne dans les département dans lesquels ils sont affectés. Cette attitude indigne, d’autant que la grippe A (H1N1) est une question de problème national, fait ressortir un médecin chevronné du public. Si tous les spécialités apportaient leur soutien, les patients auraient pu être traités plus rapidement, fait ressortir un autre. Mais la MHOA n’est pas du même avis. Précisant qu’entre les médecins généralistes il existe une très bonne collaboration, le Dr S. Gopal note que les spécialistes font également un bon travail pour lutter contre la grippe A (H1N1). Toutefois, dit-il, je ne peux pas parler au nom des spécialistes.




