Gréve de la faim chantage ou combat ?
Pour défendre leur « juste cause », certains sont prêts à tous les sacrifi ces. Ils jouent sur la corde sensible au péril de leur vie. Pression ou obstination ?

La gréve de la faim est tournée en dérision. « C’est devenu une mode », tempête le Premier ministre, Navin Ramgoolam, en martelant qu’il ne cédera pas. Pour lui, ce moyen de protestation contre une injustice est aujourd’hui devenue une banalité, voire un vulgaire chantage. Depuis le début de l’année, il y a eu trois gréves de la faim. La troisiéme a été entamée il y a une semaine par des ex-planteurs de Riche-Terre et pour lesquels le PM a eu des propos aussi durs. Mais pour ces grévistes, il s’agit d’un combat pour une juste cause. Quel sens donner aujourd’hui aux gréves de la faim ?
« Ce qui est rationnel pour moi peut ne pas l’être pour vous. Cela dépend sous quel angle on regarde le probléme. Les grévistes de Triolet croient que c’est légitime de demander Rs 900 000 et un terrain de 10 perches au gouvernement », analyse le sociologue Ibrahim Khoodoruth. N’empêche, prévoit-il, les revendications de la sorte vont se multiplier. « Nous sommes en période préélectorale ce qui explique pourquoi on adopte de plus en plus cette logique de la gréve de la faim. »
Jayen Chellum de l’Association des consommateurs de l’île Maurice, Mario Darga, pére d’un pêcheur disparu en mer, et les planteurs de Riche-Terre… ceux qui ont entrepris une gréve de la faim se disent déterminés à la poursuivre jusqu’à ce qu’ils aient obtenu satisfaction. Pour eux, il ne s’agit pas seulement d’une action de conscientisation mais aussi d’une action de pression et de contrainte. Faire une gréve de la faim, c’est essayer de résoudre un confl it de façon non violente, le Satyagraha, terme utilisé par Gandhi. Mais cesser de se nourrir n’est-ce pas une forme de violence que l’on infl ige à son corps ? « Oui et non », répond Ram Seegobin de Lalit qui a fait deux gréves de la faim.
« Il est vrai qu’on s’expose à la mort. Quand on entame une gréve de la faim, il faut une préparation psychologique à la possibilité que l’on va peut-être y rester. » Les grévistes de la faim veulent ainsi dramatiser la situation en déclarant l’état d’urgence. Une gréve de la faim est une action trés personnalisée. Les noms des grévistes, leurs visages sont un élément essentiel dans le processus de conscientisation de l’opinion publique. Les grévistes se font les porte-parole de ceux qui subissent l’injustice.
Pour le syndicaliste Jack Bizlall et gréviste de la faim en 1983, les revendications doivent être justes, raisonnables et acceptables, pour qu’elles puissent aboutir. « Sinon l’action risquerait d’être vouée à l’échec. » Une gréve de la faim entreprise pour un objectif hors de portée ne serait qu’un geste de protestation désespérée. Deux issues s’offrent alors aux grévistes : mettre un terme à leur action ou devenir victime de leur obstination. De plus, c’est la réaction de l’opinion publique qui conditionne la réussite ou l’échec d’une gréve de la faim. « L’épreuve de force se situe entre ceux au pouvoir et l’opinion publique mobilisée par la gréve de la faim », explique Ram Seegobin. Pour donner à la gréve l’audience indispensable, poursuit Jack Bizlall, il faut un comité de soutien avec des personnes crédibles qui puissent ouvrir des discussions. Un travail d’information et d’explication doit être entrepris auprés des publics susceptibles d’être sensibilisés par la cause.
Les grandes gréves en dates
- 1942
Hurryparsad Ramnarain, employé à la plantation Labourdonnais, se met en gréve. Il avait signé un accord avec le propriétaire concernant les salaires des laboureurs sans les consulter. Furieux, les laboureurs refusent cet accord. Le propriétaire ne voulant rien entendre, Hurryparsad Ramnarain n’a d’autres choix avec pour résultat une commission d’enquête sur les conditions de travail des laboureurs
- 1979
Gréve de la faim de la General Workers Federation (GWF) qui représentait les intérêts des travailleurs de la zone portuaire, du transport, des artisans de l’industrie sucriére, des laboureurs, du CEB et de la CWA. Celle-ci avait duré six jours au Jardin de la Compagnie. Les 12 grévistes, dont Ram Seegobin de Lalit, et Paul Bérenger, leader du MMM, avaient refusé de boire. Le recours à la gréve de la faim avait été adopté aprés une gréve générale qui avait abouti à des licenciements massifs. Par leur action, les grévistes réclamaient du gouvernement PTr-PMSD des emplois alternatifs pour les licenciés. Un accord fut conclu le 23 août 1979.
- 1980
Une bonne partie des licenciés sont toujours sans emplois. La GWF remet ça à la rue Moka, à Port-Louis, mais cette fois en acceptant de boire. Au bout de 14 jours de gréve, le gouvernement capitule et un accord est trouvé.




