Femmes battues- ces vérités qui dérangent
Lundi – Journée internationale de la Femme. A Lallmatie, une jeune épouse n’a pas l’occasion de s’y attarder, toute pressée qu’elle est d’aller au poste de police de la localité pour dénoncer son mari. Il l’a encore frappée, et ce malgré le Protection order émis contre lui.

Comment expliquer cela : cet ordre n’aurait- il de protection que le nom? Si les femmes de loi que nous avons interrogées affirment qu’il arrive souvent que cela ne dissuade pas le mari violent, elles évoquent aussi ces femmes qui, de par leur culture, prêteraient le flanc… La femme qui a vécu ce cauchemar lundi a 26 ans. Son mari, Rajiv Ramlagan, plus connu comme Ti Bab , 30 ans, a été arrêté à la suite de la plainte. Mais pourquoi n’a- t- il pas respecté le Protection order ? A en croire un haut gradé de la police, il ne serait pas le seul à agir de la sorte. Notre source explique, en effet, que malgré le fait qu’un offenseur s’engage, en écrit, à ne plus agresser une victime et de se plier au Protection Order , « nombreux » sont ceux qui récidivent. « La loi prévoit des mesures correctives. Elle ne peut pas éliminer un probléme » , affirme, de son côté, M e Rada Gungaloo, avocate qui milite depuis de longues années pour la protection des femmes. Elle précise toutefois que le fait que le mari violent s’en sort d’habitude avec une simple amende s’il agresse une premiére ou une deuxiéme fois sa femme, n’est peut- être pas un réel moyen de dissuasion. D’ailleurs, quatre femmes l’ont appris à leurs dépens l’année derniére. Elles ont été tuées sous les coups de leurs époux violents. Ces coups, elles sont nombreuses à les essuyer : chaque mois qui passe, des dizaines de cas de violence conjugale sont enregistrés à la Family Protection Unit ( FPU).
M e Rada Gungaloo maintient cependant qu’il ne faut pas pour autant sous- estimer l’efficacité d’un Protection Order car, dit- elle, cet ordre du tribunal contribue, dans nombre de cas, à ce que des maris violents cessent d’agresser leur femme. « Il y a aussi ceux qui, aprés avoir passé une nuit en cellule, n’agressent plus leur épouse, ne voulant pas être emprisonnés. » Il n’en est pas moins, toutefois, selon le haut gradé de la police, il y a ceux qui récidivent dés qu’ils sont dénoncés, « à cause de leur ego ou poussés par la vengeance » . Pour M e Rada Gungaloo, il ne faut pas s’attarder uniquement sur le Protection order quand on parle de violence domestique. Il faut, souligne- t- elle, aussi remettre en question leurs « conditions existentielles » plutôt que la loi qui les protége. « La femme à Maurice n’est pas élevée pour qu’elle soit un être humain, mais pour qu’elle soit une femme- mére. » Selon l’avocate, de par sa culture, la femme mauricienne voit son mari comme son protecteur et elle espére toujours que « le pére de ses enfants va changer » . Et c’est cet espoir qui lui donne la force d’endurer son sort. D’autres femmes encore sont, selon M e Gungaloo, « obligées de subir » cette violence à cause de contraintes financiéres.
Elle estime donc que pour qu’il y ait une baisse du nombre de ce type de victimes, il faudra « une révolution de la pensée au niveau de la femme » . Elle prône aussi la sensibilisation en rappelant qu’un mari éduqué peut tout aussi bien être un homme agressif. Il existe, par ailleurs, une autre arme contre la violence conjugale, moins connue celle- là : l’ Occupation Order. Celui- ci est plus ferme : contrairement au Protection Order, il permet à la femme de demander à la cour que son mari ne vive plus sous le toit conjugal. Cet ordre ne dépasse pas la période de 24 mois, mais selon M e Nanda Hurhangee, avouée, l ’Occupation Order n’est pas à la portée de tout un chacun. « D’ailleurs, les magistrats en émettent trés rarement. Car il faut prendre de nombreuses circonstances en considération.
» Un mari visé par cet ordre peut, par exemple, expliquer qu’il n’a pas d’autre endroit où habiter. Outre cet aspect des choses, il y en a une autre à aborder. M e Nanda Hurhangee avance que souvent, ce sont les femmes elles- mêmes qui sont réticentes à avoir recours à l’ Occupation Order . Pourquoi ? « A ce moment- là, elles doivent soudain devenir indépendantes financiérement. Elles ne veulent pas cela. »






