Barrer la route au communalisme
Avec les élections générales en vue, la crainte d’une montée du communalisme se fait déjà sentir au sein de la population. Plusieurs mouvements et individus se sont ainsi positionnés pour faire obstacle à ce mal qui ronge notre société. Des chefs religieux aux artistes, chacun veut apporter sa contribution pour éviter les dérapages.
Études interreligieuses pour mieux se respecter

À la prochaine rentrée, l’Université de Maurice proposera des études interreligieuses. Une initiative du Conseil des Religions qui veut ainsi encourager une meilleure connaissance de l’autre, afin de mieux l’apprécier. “Nous vivons dans une société plurireligieuse où nous ne nous connaissons pas. Et cela s’applique aussi aux chefs religieux”, note Homa Mungapen, coordonnatrice du Conseil des Religions.
Ainsi, les intéressés pourront s’inscrire pour les deux modules prévus. Soit, Interreligious Studies et Peace and Conflict Resolution. À l’issue du parcours, ils obtiendront un certificat. Cette connaissance de l’autre est d’autant plus importante dans le sens où la tolérance passe nécessairement par là. “La tolérance ne veut pas dire tolérer tout ce que fait l’autre. C’est plus une appréciation de l’autre. Mais comment apprécier sans connaître ?”
Au cours de la formation, les étudiants seront ainsi appelés à rendre visite aux familles de confessions religieuses différentes, pour voir comment elles vivent. Cette expérience a déjà été vécue par cinq jeunes dans le cadre d’une série d’émissions télévisées réalisées par l’Observatoire des Droits de l’Enfant de la Région Océan Indien (ODEROI) en collaboration avec le Conseil des Religions.
La diversité religieuse, un atout ou un handicap ? Les Mauriciens auront l’occasion d’y réfléchir dans le cadre d’un forum-débat qu’organise le Conseil pour marquer la Journée mondiale des Religions, le 17 janvier 2010, de 9h à midi, à Quatre-Bornes, au Gold Crest. Homa Mungapen indique que “nous parlons toujours de dialogue entre les différentes religions. Cette fois-ci, nous avons voulu réfléchir sur le rôle de la religion dans notre société. Sommes-nous contents de vivre notre diversité religieuse ou est-ce une contrainte ? Et si nous sommes contents, que faisons-nous pour la préserver ?”
Le Conseil des Religions compte ainsi approcher le ministère de l’Éducation en vue d’inclure les échanges interculturels à l’école. L’aide de l’UNESCO, qui dispose d’une expérience certaine dans ce domaine, sera aussi recherchée. Toutes ces initiatives, regroupées sous le thème de la cohésion sociale, constitueront, avec l’éducation par rapport au VIH/Sida, les grands projets du Conseil des Religions pour 2010-2011.
Les citoyens au-devant de leurs responsabilités
Le but de la campagne contre le communalisme, lancée par la branche locale d’Amnesty International, est de mettre le citoyen au-devant de ses responsabilités. Une campagne sur 4 ans qui ira “crescendo” pour reprendre les mots même du directeur d’Amnesty Maurice, Lindley Couronne. La pièce de théâtre Baraz, écrite par Gaston Valayden en 2008, a permis de toucher quelque 10 000 personnes. La troupe s’est produite dans 20 collèges et 20 villages. “Ce qui nous a permis de constater que le communalisme est bien plus présent qu’on ne le croit dans notre société. La plupart du temps, les gens nient. Ils tentent de rejeter la faute sur les autres”, poursuit Lindley Couronne.
D’autre part, aux citoyens, “nous leur disons : dans quel genre de société voulez-vous vivre ? Dans une société où il y a l’harmonie et la tolérance ou dans une société de sakenn so bann ?” Les politiciens seront les premiers interpellés sur le sujet. À l’approche des élections générales, Amnesty leur proposera de prendre des engagements, en écrit, qu’ils n’utiliseront pas la carte communale durant leur campagne. “Si certains refusent de signer, la population tirera ses propres conclusions.”
Amnesty se propose aussi de travailler en collaboration avec d’autres ONG ayant les mêmes préoccupations. “Nous suivons également de très près la démarche de Rezistans ek Alternativ, mais nous ne sommes pas partie prenante de toutes les actions, étant donné qu’il s’agit d’un parti politique.”
Les artistes s’engagent
Par mwa rasis pa pou pase est le titre d’une compilation sortie en décembre. Faisant partie de la campagne d’Amnesty International, cette compil réunit une dizaine d’artistes dans un combat contre le communalisme.
Pour Alain Auriant, cheville ouvrière de cette initiative, un tel engagement est très important. “Les messages passent mieux à travers la musique ; tous les artistes ayant participé à cette compilation en sont conscients et ils ont tous accepté facilement d’y apporter leur contribution.”
On peut ainsi apprécier sur ce CD, plusieurs duos, dont Linzy-Doushan, Alain Auriant-Eldiana, ou encore Nancy-Mario… tous comportant des messages de paix et de tolérance. Pour l’occasion, l’ex-Miss Mauritius, Anaïs Veerapatren a également accepté de prendre le micro. Eric Triton, Menwar, Mr Snyp, Christelle Thomas et Bruno Raya complètent la bande.
Mais pour que les messages soient entendus, ils doivent circuler. Pour cela, Alain Auriant dit compter sur la collaboration des radios. Il souhaite que la présence d’une radio privée sur la pochette de l’album, en raison d’un soutien accordé au projet, n’empêche pas les autres de programmer les chansons.
Dans un deuxième temps, une série de concerts est prévue à travers l’île, dont dans des collèges, pour mieux sensibiliser. Mais pour cela, Amnesty a besoin de fonds. “On ne peut tout le temps demander aux artistes de chanter gratuitement. C’est leur boulot, il faut au moins leur donner un cachet symbolique.” Une réponse est attendue du bureau central d’Amnesty quant au financement de ce projet. Alain Auriant est d’avis que les compagnies locales, à travers la Corporate Social Responsibility (CSR), peuvent également soutenir la campagne. Il précise que la United Basalt Products a déjà apporté sa collaboration à la réalisation du CD et souhaite que d’autres s’engagent aussi pour cette cause.
La compilation est en vente chez les disquaires à Rs 200.
À venir aussi
Le groupe Teorem, qui avait organisé la manifestation Zanfan Moris Rezet Kominalis, en collaboration avec le Kolektif Revey, à Curepipe, l’année dernière, entend renouveler l’expérience. Giovanni Cotte indique qu’il y a eu des retombées très positives et le regroupement est déjà en présence de plusieurs demandes pour une autre manifestation. Toutefois, valeur du jour, rien n’est encore définitif. Teorem décidera en temps et lieu de la formule à adopter pour une nouvelle campagne.
D’autre part, le groupe Free Art, qui avait également tenu une manifestation contre le communalisme, poursuit sa campagne. Le 1er février, les membres du groupe seront au Morne pour faire passer leurs messages à travers l’art. Ils se déplaceront par la suite dans différentes régions de l’île. Les dates et lieux seront confirmés ultérieurement.




