Air Mauritius défie le pétrole cher

Malgré l’ascension continue du prix du carburant, la compagnie aérienne nationale peut se targuer d’un retour aux bénéfices. Un exploit, dans le contexte actuel. Comment a-t-elle résisté ? Et jusqu’où peut-elle tenir ?

C’est la faute du carburant, dont le prix a presque doublé en quinze mois : 24 compagnies aériennes ont mis la clé sous la porte dans le monde depuis le début de l’année. Pour beaucoup d’autres, cette zone de turbulences économiques qu’est le pétrole cher se traduit par des comptes déficitaires. Or, c’est dans ce contexte de crise qu’Air Mauritius signe… une excellente performance financière : un profit de Rs 723 millions cette année, après Rs 275 millions de pertes en 2007 !

Au titre de l’exercice 2008, clôturé le 31 mars dernier, la compagnie a augmenté son chiffre d’affaires de 8,2 %, à Rs 19 milliards, contre Rs 17 milliards lors du précédent exercice. Ces chiffres ont été annoncés jeudi dernier au Par-lement par le ministre du Tourisme, Xavier-Luc Duval. En clair, le transporteur national résiste bien à la poussée de fièvre du pétrole. Pourquoi ?

D’abord, Air Mauritius a réussi à répercuter une partie de la flambée du pétrole dans le prix de ses billets : c’est la fameuse « surcharge carburant ». Cette mesure est apparue il y a quatre ans pour contrer – déjà – la flambée de l’or noir. Elle vient en sus des diverses taxes et frais de services qui s’ajoutent au tarif de base du vol. À titre d’exemple, pour un aller-retour Paris-Maurice, le surcoût de la surcharge carburant s’élève aujourd’hui à 210 euros.

Réduire l’impact de la facture

« Depuis l’an dernier, la surcharge carburant augmente chez toutes les compagnies aériennes et cette hausse pourrait se poursuivre. Le problème, c’est que personne ne sait aujourd’hui jusqu’où le prix du carburant va s’envoler », fait ressortir Manoj Ujoodha, Chief Executive Officer (CEO) d’Air Mauritius. L’aérien con-tinuera donc de répondre à la hausse du pétrole par des vols plus chers. L’évidence même, en somme : pour amortir une augmentation brutale d’un coût d’exploitation, la première solution est de la traduire immédiatement sur les prix, pour au moins une partie.

Parallèlement, un second levier a permis à Air Mauritius de réduire encore un peu plus l’impact de la facture de kérosène : le forward buying.

À l’instar d’autres compagnies, Air Mauritius anticipe les fluctuations du brut en achetant par avance du kérosène à prix convenu.

« Nous suivons de près les marchés pétroliers et on achète aujourd’hui ce que nous consommerons dans un an. Cela nous permet de moins subir les brusques envo-lées des tarifs pétroliers », explique Donald Payen, porte-parole de la compagnie. Un bémol toutefois : cette stra-tégie est de plus en plus gourmande en trésorerie.

En outre, « l’euro fort nous aide bien », ajoute Donald Payen. La bonne santé de la monnaie européenne a effectivement joué en faveur d’Air Mauritius. Pourquoi ? Parce que la compagnie achète l’or noir en dollars, mais en-grange ses recettes principalement en euros. Elle bénéficie donc de l’effet de change, « qui agit comme un bouclier ».

Plus discrètement, le transporteur joue sur d’autres « astuces » pour économiser du carburant, comme le poids du matériel embarqué. Imposer aux chariots et à la vaisselle un régime minceur, fallait y penser ! Autre nouveauté : l’utilisation d’un seul moteur sur les pistes. Et plus insolite encore, ce nouveau protocole qui bannit l’arrivée en avance des vols et conseille plutôt aux pilotes de réduire la vitesse afin de brûler moins de kérosène. Ce type de « mesurettes », ajoutées les unes aux autres, permettrait, en bout de chaîne, d’économiser jusqu’à 3 % de carburant.

Une des plus jeunes flottes du monde

Face au pétrole cher, le transporteur mauricien possède un dernier atout que ses confrères lui envient. La flotte d’Air Mauritius est en effet l’une des plus jeunes au monde. Cette aubaine lui permet, là encore, de ne pas encaisser le choc de plein fouet, contrairement à bon nombre de compagnies qui pâtissent de leurs appareils vieillissants et « énergétivores ».

Mais jusqu’où Air Mauritius peut-elle tenir ? À partir de quel tarif pétrolier la compagnie n’est-elle plus rentable ? Et qu’arriverait-il à 200 dollars le baril ? « C’est difficile de répondre.

Je pense qu’Air Mauritius se prépare à la crise et que nous sommes mieux équipés qu’avant pour y faire face », estime Manoj Ujoodha.

En réalité, la prochaine grande manœuvre est en préparation. Elle consistera, dès le mois de septembre, à réduire la voilure. « Nous allons diminuer le nombre de vols sur l’Europe et combiner des destinations. On avait tablé sur une croissance de l’offre de 4 %, finalement elle ne sera que de 1 %. Ceci dit, aucune suppression de ligne n’a été décidée à ce stade », précise le Chief Executive Officer.

Pas de réduction du personnel

L’autre option « possible » reviendrait à clouer temporairement au sol un ou plusieurs appareils. « Les coûts d’une compagnie aérienne se décomposent en frais fixes et en frais variables, explique Donald Payen. Or, depuis peu de temps, sous l’effet de la hausse du prix du kérosène, les coûts variables sont supérieurs aux coûts fixes. » Laisser un appareil au sol peut donc représenter une économie.

Tailler dans le personnel pour faire des économies ? « Pas prévu pour l’instant. » De même que la suppression de la desserte de Rodrigues, pourtant déficitaire. La compagnie nationale, en revanche, promet d’être « encore plus rigoureuse » sur les bagages, « vu que cha-que kilo de trop, c’est du kérosène en plus ».

« Si le carburant se stabilise sur le niveau actuel, nous devrons faire face à un tassement de nos marchés principaux long-courriers », prédit le CEO. Selon lui, développer de nouveaux marchés serait l’initiative la plus judicieuse, « en particulier les marchés émergents et ceux de proximité ».

« La situation a changé dramatiquement depuis le début de l’année, poursuit Manoj Ujoodha. Un pétrole qui dépasse actuellement les 130 dollars par baril nous amène en territoire inconnu. On se tient prêt à d’autres aménagements, on ne peut plus rien exclure. » Ce qui revient à dire qu’en dépit de ses bons résultats financiers, Air Mauritius n’est pas configurée pour supporter durablement un pétrole à plus de 100 dollars, comme c’est le cas depuis le 2 janvier dernier. 2007 n’aura peut-être été qu’un répit…

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Article by KotZot Journal Ile Maurice on 1:47 pm Filed under Actualités. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

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